Poeme de Rémy BELLEAU
La pierre du coq
A la France.
Oiseau qui de garde fidèle
Dessillé fais la sentinelle
Sous le silence de la nuit,
Réveillant d'une voix hardie
La troupe de somme engourdie
Et de paresse, à ton haut bruit.
Oiseau à la crete pourprée
Compagnon de l'Aube dorée,
Trompete des feux du Soleil,
Qui te perches à la mesme heure
Qu'il plonge en mer sa chevelure
Pour se rendre alaigre au travail.
N'estoit-ce assez que l'arrogance
De votre oeil domtast la puissance
Et l'ire des Lyons plus fiers,
Sans que pour la vaillance acquerre
S'endurcit encore ceste pierre
Au ventre creux de vos gosiers ?
Temoin ce luteur indomptable,
Ce fort Milon inexpugnable,
Qui remparé de la vertu
De ceste pierre, pour sa gloire
A toujours gagné la victoire,
Quelque part qu'il ait combattu.
On dit plus, que cil qui la porte
A l'esprit net, la grâce accorte
De bien dire, et qu'en réchauffant
La froide glace de son âme,
Des fieres rigueurs de sa Dame
En fin demeure triomphant.
Dedans la bouche elle modère
La soif qui brulant nous altère :
Elle est noirâtre, ou de couleur
De cristal : et point ne s'en trouve
Qui retienne plus qu'une febve
Ou de longueur ou de grosseur.
Fai que la race surnommée
De ton nom, dont la renommée
Est esparse par l'Univers,
N'altère jamais la puissance
Qu'elle a quise par sa vaillance,
Par force et par assauts divers.
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