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Poeme de Sabine SICAUD



Douleur, je vous déteste

Douleur, je vous déteste, ah ! Que je vous déteste !
Souffrance, je vous hais, je vous crains, j’ai l‘horreur
De votre guet sournois, de ce frisson qui reste
Derrière vous, dans la chair, dans le cœur…

Derrière vous, parfois vous précédant
J’ai senti cette chose inexprimable, affreuse :
Une bête invisible aux minuscules dents
Qui vient comme la taupe et fouille et mord et creuse
Dans la belle santé confiante, pendant
Que l’air est bleu, le soleil calme, l’eau si fraîche !

Ah ! ' l' Honneur de souffrir ' ?...
Souffrance aux lèvres sèches,
Souffrance laide quoi qu’on dise quel que soit
Votre déguisement, souffrance
Foudroyante ou tenace ou les deux à la fois

Moi je vous vois comme un péché, comme une offense
A l’allègre douceur de vivre, d’être sain
Parmi des fruits luisants, des feuilles vertes
Des jardins faisant signe aux fenêtres ouvertes…

De gais canards courent vers les bassins
Des pigeons nagent sur la ville, fous d’espace.
Nager, courir, lutter avec le vent qui passe,
Est-ce donc pas mon droit puisque la vie est là
Si simple en apparence…en apparence !

Faut-il être ces corps vaincus, ces esprits las
Parce qu’on vous rencontre un jour, souffrance
Ou croire à cet Honneur de vous appartenir
Et dire qu’il est grand, peut-être, de souffrir ?

Grand ? Qui donc en est sûr et que m’importe !
Que m’importe le nom du mal, grand ou petit
Si je n’ai plus en moi, candide et forte
La Joie au clair visage ? Il s’est menti
Il se ment à lui-même, le poète
Qui pour vous ennoblir vous chante…
Je vous hais
Vous êtes lâche, injuste, criminelle, prête
Aux pires trahisons ! Je sais
Que vous serez mon ennemi infatigable
Désormais. Désormais puisqu’il ne se peut pas
Que le plus tendre parc embaume de lilas
Le plus secret chemin d’herbe folle ou de sable
Permettent de vous fuir ou de vous oublier !

Chère ignorance en petit tablier
Ignorance aux pieds nus, aux bras nus, tête nue
A travers les saisons ignorance ingénue
Dont le rire tintait si haut. Mon Ignorance
Celle d’Avant, quand vous m’étiez une inconnue
Qu’en a-t-on fait, qu’en faites-vous, vieille Souffrance ?

Vous pardonner cela qui me change le monde ?
Je vous hais trop ! Je vous hais trop d’avoir tué
Cette petite fille blonde
Que je vois au fond d’un miroir embué…
Une Autre est là, pâle, si différente !
Je ne peux pas, je ne veux pas m’habituer
A vous savoir entre nous deux, toujours présente
Sinistre Carabosse à qui les jeunes fées
Opposent vainement des Pouvoirs secourables !

Il était une fois…
Il était une fois - pauvres voix étouffées !
Qui les ranimera, qui me rendra la voix
De cette Source, fée entre toutes les fées
Où tous les maux sont guérissables ?


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