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Poeme de Honoré D'URFÉ



Chanson de l'inconstant Hylas

Si l'on me dédaigne, je laisse
La cruelle avec son dédain,
Sans que j'attende au lendemain
De faire nouvelle maîtresse ;
C'est erreur de se consumer
À se faire par force aimer.

Le plus souvent ces tant discrètes
Qui vont nos amours méprisant
Ont au coeur un feu plus cuisant ;
Mais les flammes en sont secrètes,
Que pour d'autres nous allumons,
Cependant que nous les aimons.

Le trop fidèle opiniâtre,
Qui, déçu de sa loyauté,
Aime une cruelle beauté,
Ne semble-t-il point l'idolâtre,
Qui de quelque idole impuissant
Jamais le secours ne ressent ?

On dit que qui ne se lasse
De longuement importuner,
Par force enfin se fait donner ;
Mais c'est avoir mauvaise grâce,
Quoi qu'on puisse avoir de quelqu'un,
Que d'être toujours importun.

Voyez-les, ces amants fidèles,
Ils sont toujours pleins de douleurs.
Les soupirs, les regrets, les pleurs
Sont leurs contenances plus belles,
Et semble que pour être amants,
Il faille plaindre seulement.

Celui doit-il s'appeler homme
Qui, l'honneur de l'homme étouffant,
Pleure tout ainsi qu'un enfant
Pour la perte de quelque pomme ?
Ne faut-il plutôt le nommer
Un fol qui croit de bien aimer ?

Moi qui veux fuir ces sottises
Qui ne donnent que de l'ennui,
Sage par le malheur d'autrui
J'use toujours de mes franchises,
Et ne puis être mécontent
Que l'on m'en appelle inconstant.


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